Salut. Un papier super interessant sur les propos -passés inaperçus-
de Sarko qui, lors d'un meeting à Toulon le 7 février 2007, faisait
tranquillement l'apologie de la colonisation de la méditerranée.
Je ne resiste pas à citer les propos de Sarko, impréssionnants :
« Le rêve européen a besoin du rêve méditerranée. Il s’est rétréci
quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute
l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud
tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui
fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de
Lyautey au Maroc. Ce rêve ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un
rêve de civilisation. »
« Faire une politique de civilisation comme le voulaient les
philosophes des Lumières, comme essayaient de le faire les Républicains
du temps de Jules Ferry. Faire une politique de civilisation pour
répondre à la crise d’identité, à la crise morale, au désarroi face à
la mondialisation. Faire une politique de civilisation, voilà à quoi
nous incite la Méditerranée où tout fût toujours grand, les passions
aussi bien que les crimes, où ne rien fut jamais médiocre, où même les
Républiques marchandes brillèrent dans le ciel de l’art et de la
pensée, où le génie humain s’éleva si haut qu’il est impossible de se
résigner à croire que la source en est définitivement tarie. La source
n’est pas tarie. Il suffit d’unir nos forces et tout recommencera. »
Donc dans à suivre, l'article parut sur un blog du jdd, Mohamer Chelhab (ce n'est pas parce que j'ai copié collé le post que vous ne pouvez pas y faire un tour) :
Par chelhab,
dimanche 13 mai 2007 à 23:01
« Le rêve européen a besoin du rêve méditerranée. Il s’est rétréci
quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute
l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud
tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui
fut le rêve de Bonaparte en Egypte, de Napoléon III en Algérie, de
Lyautey au Maroc. Ce rêve ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un
rêve de civilisation. »
Après
cette énumération supposée rendre compte d’une glorieuse tradition
incarnée par la France depuis des siècles et inlassablement défendue
par tous ceux qui furent soucieux de défendre son rayonnement, le même
ajoute : « Faire une politique de civilisation comme le voulaient les
philosophes des Lumières, comme essayaient de le faire les Républicains
du temps de Jules Ferry. Faire une politique de civilisation pour
répondre à la crise d’identité, à la crise morale, au désarroi face à
la mondialisation. Faire une politique de civilisation, voilà à quoi
nous incite la Méditerranée où tout fût toujours grand, les passions
aussi bien que les crimes, où ne rien fut jamais médiocre, où même les
Républiques marchandes brillèrent dans le ciel de l’art et de la
pensée, où le génie humain s’éleva si haut qu’il est impossible de se
résigner à croire que la source en est définitivement tarie. La source
n’est pas tarie. Il suffit d’unir nos forces et tout recommencera. »
Quel est auteur de ces lignes qui se veulent inspirées alors qu’elles
ne font que reprendre la plus commune des vulgates destinée à légitimer
les « aventures » coloniales de la France ? Un ministre des Colonies de
la Troisième République ? Un membre de la défunte Académie des «
sciences coloniales » ? Un nostalgique de l’Algérie française qui les
aurait rédigées pour prononcer un discours destiné à célébrer cette
période réputée faste où la France commandait à 70 millions «
d’indigènes » répartis sur 13 millions de kilomètres carrés ?
Non, l’auteur de cette prose, aussi mythologique qu’apologétique de la
colonisation, n’est autre que Nicolas Sarkozy qui a prononcé ces fortes
paroles en tant que ministre-candidat lors d’un meeting à Toulon le 7
février 2007. Singulièrement passée sous silence par la plupart des
médias et des autres dirigeant(e)s politiques engagés dans les
élections présidentielles, cette intervention confirme que la
réhabilitation du passé colonial de la France n’est pas une embardée
conjoncturelle de l’actuelle majorité et de son principal représentant.
Au contraire, cette réhabilitation, sans précédent depuis la fin de la
guerre d’Algérie, s’inscrit dans un projet politique cohérent,
systématique et crânement assumé par le candidat de l’UMP désormais
chef de l’Etat français.
Pour des motifs partisans, et pour défendre ce que ce dernier croit
être l’honneur de la France et de ses citoyens, il se fait donc
porte-parole d’une histoire officielle, mensongère et révisionniste des
causes qui ont conduit à la construction de l’empire français, érigé
par de nombreuses guerres de conquête, puis dirigé par des institutions
coloniales racistes et discriminatoires. En témoigne, notamment, le
statut des « indigènes », considérés alors non comme des citoyens
libres et égaux mais comme des « sujets français » privés des droits et
libertés démocratiques élémentaires et soumis, qui plus est, à des
dispositions répressives - le Code de l’indigénat, entre autres, - qui
ne pesaient que sur eux.
Sous le prétexte fallacieux de lutter contre on ne sait quelle « pensée
unique » et désir de « repentance », lesquels n’existent que dans
l’esprit de Sarkozy et de ceux qui ont forgé ces pseudo-concepts
grossiers, sur le plan intellectuel s’entend, pour mieux faire croire à
leur propre courage et originalité, on assiste donc à une
instrumentalisation spectaculaire du passé colonial de la France.
Manipuler cette histoire par la surexposition de certains de ses
aspects « positifs » supposés - la colonisation au nom de la
civilisation par exemple -, par l’euphémisation ou la sous-estimation
des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis au cours de
cette longue période de l’empire colonial, et par l’occultation enfin
de l’oppression et de l’exploitation imposées à ceux qu’on appelait
alors avec mépris « les indigènes », tels sont les ressorts principaux
de cette opération.
Moderne et audacieux Sarkozy ? De tels discours nous ramènent au plus
convenu de la doxa officielle forgée sous la Troisième République. Quel
est l’adjectif qualificatif adéquat à cette opération qui repose sur un
mépris souverain de l’histoire et des innombrables victimes des guerres
et des répressions coloniales ? Réactionnaire, assurément.
Jamais depuis des décennies, un candidat soutenu par le plus important
parti de la droite parlementaire ne s’était engagé dans cette voie.
Stupéfiante involution. Elle témoigne d’une radicalisation
significative des discours élaborés sur ces questions par l’UMP et son
représentant en même temps qu’elle légitime et banalise des thèmes qui
n’étaient jusque-là défendus que par l’extrême-droite et quelques
associations de nostalgiques de la période coloniale.
Pour les amateurs d’exception française, en voilà une remarquable mais
sinistre car la France est le seul Etat démocratique et la seule
ancienne puissance impériale européenne où l’un des principaux
candidats à l’élection présidentielle ose tenir de pareils propos. A
quoi s’ajoute le fait que ce pays est également le seul où une loi -
celle du 23 février 2005 -, toujours en vigueur en dépit du tour de
passe-passe politico-juridique du Président de la République,
sanctionne une interprétation officielle de ce passé colonial. « La
Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont
participé à l’oeuvre accomplie par la France dans les anciens
départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine
ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la
souveraineté française. » Telle est, en effet, la première phrase de
l’Article 1 de ce texte voté par l’UMP et l’UDF au terme de débats où
Rudy Salles, le très officiel porte-parole de cette dernière formation
politique à l’Assemblée nationale, a joué un rôle particulièrement
actif. Qu’en pense François Bayrou lui qui prétend dépasser le clivage
gauche/droite et incarner une autre façon de faire de la politique ? Il
n’est pas besoin d’être un brillant philologue pour comprendre que le
terme ouvre, employé dans ce contexte, emporte une appréciation
évidemment positive de la période considérée.
Face à cette offensive politique, engagée depuis longtemps par les
diverses composantes de la droite parlementaire, notamment, et son
principal représentant que comptent faire les dirigeants de la gauche
parlementaire et radicale ? Ils doivent le faire savoir au plus vite.
Mercredi 9 mai 2007.
Olivier Le Cour Grandmaison:Enseignant à l’Université
d’Evry-Val-d’Essonne, Olivier Le Cour Grandmaison est l’auteur de «
Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial » (Fayard,
2005).